
Le 7 janvier 2026, alors que je partais récupérer un autre chien, j’ai aperçu Gaston dans une station-service. Il traînait la patte et avait des cicatrices sur tout le corps — trop, et aux mauvais endroits, pour ne pas se poser de questions sur ce qu’il avait vécu avant. Impossible de passer mon chemin. Sauf que Gaston, lui, n’était pas du tout d’accord. Il avait très peur, se cachait, m’esquivait. C’est à grand coup de saucisses que j’ai finalement réussi à l’amadouer. Et une fois qu’il avait décidé de me faire confiance, il est devenu monsieur pot de colle. Tant bien que mal, j’ai mis ce gros tas de 25 kg de muscles dans la voiture.
Le lendemain, premier bilan chez le vétérinaire : la patte n’est pas cassée, juste une inflammation chronique qui traîne depuis longtemps, une infection à l’oreille en prime. On repart avec une attelle et un plan. Sauf que Gaston, c’est Pierre Richard version chien — les plans ne se passent jamais comme prévu. L’attelle crée une blessure, la blessure crée un œdème, la patte qui avait commencé à dégonfler repart dans l’autre sens. Corticoïdes, antibiotiques, espoir, rechute. Le gonflement revient, l’œdème aussi. Le métacarpe est trop abîmé, trop longtemps non fonctionnel, trop longtemps inflammé pour pouvoir récupérer.
Il a donc fallu l’amputer.
C’est sur trois pattes que Gaston continue sa vie. Il n’en est pas moins bourrin, et il sauterait sans hésiter devant un train pour te sauver la vie si l’occasion se présentait. Son cœur de chamallow, lui, est intact.